Madame ONU
(Par : Jérôme Constantin)
 

 

Mon ex blonde étudiait
En Relations Internationales et Droit International.
Bref, elle étudiait en chicane mondiale.
Et je la soupçonnais de volontairement
Créer des conflits dans notre couple
Pour ne pas perdre ses notions acquises
À la sueur de son front,
Et de mon portefeuille.

Faque régler une chicane de couple,
C’était pas évident avec madame ONU.
C’était assez technique.

Fallait d’abord amorcer les négociations en vue d’un cesser le feu.
Bon, je l’avoue, j’avais la gâchette facile en temps de guerre.
Bref, je ne ferais pas un bon casque bleu. 

Ensuite, généralement, madame ONU présentait une résolution.
C’était pas juste au Jour de l’An, chez nous, les résolutions.

Ça nous menait éventuellement à la signature d’un traité.
C’était long en maudit, ça.
Pour pouvoir espérer se réconcilier le soir même sous les couvertures.
Admettons que j’évitais les attentats suicide
À partir de 7 heures le soir.

J’pouvais toujours tenter d’apporter un amendement,
Mais je m’exposais à de sévères représailles.
Madame répliquait alors avec un embargo sur le sexe.
Et là, tout le processus était à recommencer.
Parfois elle me surprenait,
En contre-attaquant en vraie bombe sexuelle.

Si le conflit s’éternisait,
Il y avait des chances
Que madame finisse par réclamer son indépendance,

 

Mais c’était plus un genre de souveraineté association.
La souveraineté sur ses ressources était entière
Et non négociable.
La mienne, en attente d’un jugement du tribunal international.

Un moment donné,
Seule la chambre à coucher était une zone démilitarisée.
Car madame refusait de retirer ses troupes.
Nous étions réfugiés chacun dans notre bunker,
Un mur séparant l’Est de l’Ouest de notre lit.

C’était rendu que Céline Galipeau
Avait établi son campement dans mon salon.

Je sais pas pourquoi,
Mais j’ai jamais pris la chance
De jouer une game de Risk avec elle…

Mais elle a fini par réclamer son indépendance :
Une vraie souveraineté association,
Mais avec un autre pays.

Dommage, c’était une belle femme,
Comme un pays avec de beaux paysages
À vous couper le souffle.
Mais, constamment en guerre civile,
Dirigé par une dictatrice.

Pour le moment, je ne peux que constater
Les ravages du génocide
Dont ont été victimes mes sentiments.
Mais, je me console à l’idée
Qu’un jour, moi aussi je pourrai écrire ma biographie
« J’ai pogné les seins du diable ».